Le mal des ardents

Une peste atroce connue sous le nom de Mal des Ardents, exerçait d’affreux ravages dans la province de Limoges et dans toute l’Aquitaine.

C’était un feu invisible et secret qui dévorait les membres auxquels il était attaché et les faisait tomber du corps. Les pestiférés mouraient par milliers.

Les Evêques de l’Aquitaine s’assemblèrent à Limoges afin d’implorer la miséricorde de Dieu par l’intercession de Saint Martial. Le 12 Novembre 994, jour mémorable à jamais, on leva le corps de Saint Martial de son sépulcre et dans une procession solennelle faite avec grandes pompes, les Evêques et les fidèles portèrent les reliques sacrées sur la colline de Mons Gaudii (1), la plus élevée de Limoges.

A partir de ce moment, les pestiférés furent guéris, la contagion cessa des ravages.

La confrérie

Du X ème au XIV ème siècle

Des moines et des clercs portent sur leurs épaules la Châsse de Saint-Martial. Aucun détail n’apparaît dans les textes sur leurs tenues vestimentaires comme le montre l’extrait ci-dessous. « Un chroniqueur anonyme du monastère signale que le lendemain du jour de l’Ascension 1317, les moines portèrent solennellement le chef de Saint-Martial de la basilique au Montjovis.. »

Du XIV ème au XVIII ème siècle

Le peuple de Limoges, hommes pieds et tête nus, en chemise.. Les extraits de texte que l’on peut trouver dans différentes chroniques témoignent de la fierté et de la nécessité pour ces hommes de ne revêtir qu’une simple chemise, attitude ostensible d’humilité, de dépouillement, de pénitence .

« Ces milliers d’hommes, pieds nus, couverts seulement d’une longue chemise et qui se disputaient l’honneur de porter la châsse de l’apôtre d’aquitaine, ne semblent pas avoir été unis entre eux par le lien spécial d’une confrérie. »

« Comme le froid redouble la veille de la saint-Marc 1532.. Devant la foule qui a tout envahi et qui s’impatiente, l’abbé fait ouvrir les grilles qui ferment la loge où repose la châsse, on la sort de son réceptacle, la procession se forme et se dirige vers le Montjovis. En tête, le clergé des paroisses, les moines, les consuls tenant en mains de gros flambeaux, le peuple hommes pieds et tête nus, en chemise, spectacle effrayant à voir et à entendre dans la nuit, la châsse véhiculée reflétant les lueurs des cierges et des flambeaux. Ces hommes et ces femmes avancent dans la blanche gelée qui recouvre le sol du chemin, alors que l’on entend distinctement craquer de froid les arbres dans les champs, du long cordon monte une clameur de prières et de supplications vers le seigneur seul capable de protéger ses enfants de Limoges. »

« Il n’y a peut-être en France aucune dévotion solennelle qui donne plus d’édification, de consolation et des sentiments de piété que celle de cette procession qui se fait à Limoges tous les ans le mardi de Pâques où l’on porte la châsse dans laquelle est conservé le chef de Saint-Martial, suivie ordinairement de 5 à 10.000 personnes entre lesquelles il y a communément plus de 1.500 en chemise et pieds nus, cierges en main, comme aussi plusieurs femmes pieds nus cierges en main. Entre les hommes, il y en a plusieurs des principales familles officiers et autres, sexagénaires et septuagénaires, bien souvent dans les incommodités du froid et des pluies dont pourtant on fait remarque commune qu’aucun n’a été malade. »

Le procès-verbal officiel de la translation de la Châsse de Saint Martial, le 17 Décembre 1790, de la vieille basilique (2) où avait si longtemps reposé le corps de l’apôtre, dans la chapelle de Notre-Dame des Aides, à l’église Saint-Michel, mentionne expressément que ce jour là, la Châsse fut portée « par six personnes qui sont dans l’usage (sic) pour les processions ordinaires ».

Par malheur, les archives de cette Confrérie sont perdues et on ne sait rien de son établissement et de son histoire. On peut toutefois conjecturer qu’elle fut une annexe une Annexe de la Grande Confrérie de Saint Martial, qui dut prendre naissance à l’anniversaire du Miracle des Ardents, en commémoration de ce jour glorieux où les restes de l’Apôtre furent transportés par les Evêques et les fidèles dans une procession solennelle.

De 1823 à nos jours

La confrérie se reforma après la Révolution. Un premier règlement provisoire lui fut donné à la date de 31 Mars 1823, par délibération de la Grande Confrérie, et fixa le nombre de Porteurs à 24, soit le tiers du nombre des membres de la Grande Confrérie, qui est de 72. Les extraits de texte suivants attestent que les Porteurs étaient placés sous l’autorité de la Grande Confrérie de Saint-Martial, et qu’ils formaient probablement comme une annexe à la dite Grande Confrérie. La décision d’abandonner la chemise au profit d’une aube autorise désormais un rapprochement des Porteurs avec le clergé.

« Au cours d’une importante réunion, le 31 mars 1820, les bayles et officiers de la Grande Confrérie déclarent que les chemises traditionnellement utilisées par les porteurs ne sont pas toujours de bonne coupe et se présentent sous des longueurs différentes, en conséquence, elles doivent être remplacées par des aubes d’un modèle uniforme, de taille convenable, serrées à la taille par un cordon de couleur blanche. »

« On voit au surplus la Compagnie décider peu de temps après, sur une réclamation de la fabrique(3) de Saint-Michel, que les porteurs substitueront aux chemises traditionnelles, parfois un peu courtes, des aubes uniformes, de longueur convenable, avec un cordon blanc. »

Délibération du 7 juillet 1823.

« Cérémonie de l’ostension et la procession des châsses du dimanche de Quasimodo 27 avril 1862.. A l’offertoire de la grand’messe, l’évêque de Limoges s’assoit sur un fauteuil avancé près de la table de communion, les porteurs qui attendent dans la chapelle de Saint-Martial s’avancent vers lui. Ils sont vêtus d’une aube blanche serrée à la taille par un cordon blanc et amarante, quelques-uns sont pieds nus, d’autres portent des pantoufles, ils s’agenouillent devant l’évêque et baisent son anneau pastoral en signe de soumission, puis reviennent occuper leur place. »

Les Porteurs avaient à leur tête un syndic. En 1897, ses statuts sont définitivement élaborés et approuvés par S. E. Mgr Firmin, Evêque de Limoges. On trouve ce règlement aux registres de la Grande Confrérie.

(1) La Basilique de Saint Martial a été fermée en vertu des décrets de l’Assemblée Nationale du 14 décembre 1790. La Salle Berlioz (ancien Théâtre de Limoges a été construite sur son emplacement qui s’étendait en outre sur quinze mètres environ de la Place de la République

(2) Mons Gaudii, c'est-à-dire Montjoie, en langage limousin Mount Jauvy et depuis ce lieu s’appela Montjovis. Une chapelle bâtie à cet emplacement a disparu aujourd’hui.

(3) - Anciennement le Conseil de Fabrique ou La Fabrique désigne l’ensemble des clercs et des laïcs chargés de l’administration des fonds et revenus affectés à la construction ou à l’entretien d’une église.